« Toi, à part ta maternité, tu n’as rien »

Nous voilà rendues dans le bus, ce jour de janvier où un vieil homme, bière à la main, s’est senti de faire partager son humeur du moment. Ce jour-là, j’étais tranquillement posée, les yeux dans le vague, avec ma poussette à bout de bras en train d’attendre que le bus avance. J’avais payé ce service et j’étais dans le coin qui m’était réservé : le coin des poussettes. Je ne dérangeais personne, je n’avais rien demandé au monde.

Le bus se vidait petit à petit, et c’est à ce moment que le vieil homme s’est mis à parler tout seul. Il n’avait pas spécialement le profil d’un mendiant, d’un vagabond ni même celui d’un oublié de la société. Il employait un vocabulaire très soutenu et en cela, ce qu’il pouvait dire avait, dans mon inconscient, une forme de crédit, pour la simple raison que ce personnage était déguisé en vieux sage, peut-être un peu fou (assez pour parler seul). Mais il avait bel et bien une bouteille à la main, et cela aurait dû me mettre la puce à l’œil.

Le bus se vidait et moins il y avait de passagers, plus il parlait fort. Il a commencé par se plaindre pour en arriver à prendre pour cible verbalement un à un les passagers restants. Ces remarques, bien que très bien formulées, était très déplacées, voir insultantes. Etant la seule femme présente dans le bus à ce moment-là, j’ai compris que cette remarque m’était destinée : «  Et puis toi, à part ta maternité, tu n’as rien ».

J’ai évidemment fait mine de n’avoir pas entendu cette phrase qui ressemblait à un reproche, pour deux raisons évidentes : La première est qu’il n’était visiblement pas sobre, et que répondre à quelqu’un qui n’est pas soi-même n’a pas d’intérêt, s’il n’est pas en mesure de saisir ce qu’on lui dit. La seconde est que j’avais un petit être à protéger et que je ne souhaitais en rien risquer un excès de colère de sa part. Rappelons une nouvelle fois qu’il avait une bouteille à la main.

Mais oublions ce sombre personnage pour nous concentrer sur cette phrase qui résonne encore parfois dans ma tête : «  Toi, à part ta maternité, tu n’as rien »

Comment réagir à cela ? D’abord se dire qu’il n’en sait rien. Puis lister tout ce que je suis en dehors du fait que je sois une maman. Il est vrai qu’avoir un enfant peut bouleverser une vie au point de tout remettre en question, donc venant d’une autre maman, qui m’expliquerait qu’avant d’avoir un enfant, elle ne se sentait pas exister, et que cet événement merveilleux a changé sa vie, je l’aurais compris.

Et même s’il est d’usage de dire que le rôle d’une femme d’un point de vue sociétal est de permettre la descendance, je pense que ce qui me gène dans cette phrase est qu’elle réduit l’existence de la femme à la seule capacité qu’elle a à mettre au monde.

Néanmoins, l’avantage de cette tournure est qu’elle admet que la maternité est quelque chose de particulier.

Cette petite phrase lancée par un vieil homme, qui n’a peut-être rien, me touche en fait assez peu. Les femmes ont ce privilège de pouvoir porter la vie et avoir vécu ce privilège remet les choses en perspective.

A choisir, j’échangerais tous mes biens pour mes enfants, et même s’il ne me restait que ça, ce serait déjà énorme.

J’espère que ce premier (vrai) article vous aura plu ! Après tout, mieux vaut en rire ! N’hésitez pas à me donner votre point de vue. Venez partager vos anecdotes de maman dans les commentaires. Je suis sûre que vous avez plein de choses à raconter !

EM.

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9 réponses à « Toi, à part ta maternité, tu n’as rien »

  1. Maman 4 dit :

    Très belle article , la maternité pour une femme qui peut la vivre est la plus belle chose au monde . Un ressentiment magique qui ne s éteint jamais . Bravo j’ai hâte de lire un nouvelle article . Maman de 4 enfants plus deux anges

  2. petite étoile*** dit :

    Intéressant comme blog! je pense que l’on est toutes passé par là en tant que maman, des réflexions qui tentent de nous rabaisser mais comme vous le dites le mieux est d’ignorer les paroles d’un ivrogne.
    je pense que le premier a faire des réflexions négatives est le premier à avoir des défauts!

  3. JM dit :

    En relisant cette aventure que vous avez eue dans le bus, je me dis que votre maternité a eu un impact positif sur l’ivrogne dont vous parlez…
    Voilà un homme qui, déçu par la vie, sans doute sdf, cherchant un réconfort dans l’alcool et, désinhibé par celui-ci, essaye de « régler ses comptes » avec les gens qui ne sont pas comme lui et qu’il jalouse en les rendant inconsciemment responsables de son propre malheur.
    Donc, que fait-il ? Il essaye de montrer qu’il est lui-même quelqu’un en employant un vocabulaire soutenu pour rabaisser les autres en les injuriant.
    Jusqu’ici, que des points négatifs…
    Et puis vient votre tour. Mais que vous dit-il ? …
    « – A part ta maternité, tu n’as rien. » « – Tu n’as rien » est une insulte pour vous toucher. Mais votre maternité, elle, il la met à part, il ne la touche pas… Il la respecte !
    C’est le point positif qui vient éclairer tous les autres points négatifs.
    Il ne veut pas l’avouer, mais il est ému par votre maternité. Il a choisi de la mettre « à part » et de la respecter…
    C’est la preuve qu’il y a encore du positif en lui.
    Vous devriez prier pour cet homme…

    • EM dit :

      Bonjour JM,
      Merci pour votre commentaire. Je pense que c’est une belle réflexion. Certaines remarques font réfléchir, mais quoi qu’il en soit, nous ne connaissons pas l’histoire des gens ( et ils ne connaissent pas la nôtre), donc il faut rester calme et indulgent.

      EM.

  4. Lucie dit :

    Très bel article, bien ecrit qui m’a vraiment touché. Vous avez sû faire preuve d’empathie, et faire de ce commentaire désobligeant un bel hommage aux mamans.
    Bravo à vous, votre sagesse me mets du baume au coeur.

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