Les membres du personnel hospitalier sont-ils tous humains ?

Par ce froid de canard, il fait bon de rester chez soi. Ce genre de journée est propice aux introspections, et à la réflexion. Aujourd’hui, j’en profite donc pour vous parler d’un tout autre froid, celui de l’échange impassible, celui du regard inexpressif, celui qui décrit le manque de compassion. Ce froid qui provient de l’être sans empathie, indifférent et insensible. Ce froid qui met une distance, ce froid qui met à mal les relations humaines et qui met mal à l’aise. Ce froid désagréable qui est parfois hostile, amer et inquiétant.

Nos conditions de mère nous amènent à observer, malgré nous, ces « états de gel » assez tristes, à un moment de notre vie où nous sommes particulièrement sensible. Que ce soit pour recevoir des soins durant la grossesse, pendant que l’enfant arrive au monde, ou même après. Que ce soit pour soi-même ou pour son bébé, à moins de vivre en Mongolie intérieure, les mamans qui liront cet article ont probablement déjà été confrontées à des membres du personnel hospitalier.

Il est évident que le titre de cet article est volontairement accrocheur, mais la vraie question serait plutôt : À quels degrés d’humanité doit-on s’attendre de la part du personnel hospitalier ?

Par humanité, entendez empathie. L’exemple des professions qui englobent la question de la maternité est particulièrement intéressant pour parler de ce problème de société.

À quelles émotions pouvons-nous nous attendre d’une femme qui annonce, depuis 5 ans, 5 fois par jour, à des femmes, qu’elles portent la vie ?

À quels degrés de douceur devons-nous nous attendre venant d’une sage-femme qui attache machinalement un monitoring plusieurs fois par jour ?

À quels degrés de patience pouvons-nous nous attendre de la part d’une sage femme qui est habituée à entendre le cœur d’un fœtus battre ?

Quels degrés d’humanité reste-t-il lorsque tout devient habitude ?

Nous voici rendus dans un monde où nos relations sont glaciales à mesure que nos histoires divergent.

Si je me retrouve en toi, je m’intéresse à toi, sinon, tu es un numéro, une étiquette : Voici mon regard actuel sur la quasi-totalité du personnel relatif au pôle maternité que j’ai pu rencontrer.

Un personnel qui annonce la vie comme on annonce une fuite d’eau. Un personnel qui observe la vie comme on observe une plante. Un personnel qui manipule la vie comme on manipule un morceau de viande. Un personnel qui annonce la mort comme on annonce la météo et surtout, un personnel qui observe le silence tant qu’on ne lui adresse pas la parole.

Ce manque d’humanité, qui s’illustre dans le pôle hospitalier, qui est justement au service de mères sans histoire, et surtout, aux services de nouveaux-nés, plus purs les uns que les autres, est révélateur.

Lorsque la profession qui demande le plus d’humanité en manque au plus haut point, que pouvons-nous attendre de la société ?

En Mongolie intérieure, où il fait froid toute l’année, les femmes n’ont peut-être pas les moyens techniques que nous avons ici, pourtant j’ai l’intime conviction que les rapports humains sont plus chaleureux.

« Vas–y ! Vas en Mongolie intérieure si t’es pas contente !» Je vous entends déjà. Mais je sais garder mon sang-froid, prendre du recul, et réfléchir.

Il faut donc se demander pourquoi la majorité des sage-femmes et des médecins que j’ai rencontrées sont aussi froides (sachant qu’elles sont peut-être déjà passées par là) ?

J’ai une réponse assez simple à cette question. Je pense que l’intensité émotionnelle de ce type de profession doit être dévorante, et que le seul moyen de palier à cette charge est de se protéger d’une épaisse carapace imperméable. Avoir de l’empathie, et le montrer, demande une énergie. Je peux aussi supposer qu’il y a une volonté de laisser transparaître une image de femme forte et impassible, professionnelle en somme. Cette réflexion me fait penser à l’histoire de Margaret Thatcher et à l’image qu’elle devait maintenir en tant que femme de pouvoir, mais ce sujet pourrait être traité dans un autre article.

Ne vous méprenez pas, mon objectif ici n’est évidemment pas de blâmer les professionnels de la santé qui soignent et qui guérissent. Nous sommes tous des humains qui interagissent les uns avec les autres. Nous avons des sensibilités différentes. Chacun de nous est porteur d’une histoire qui lui est propre. Mais je reste marquée par ces rencontres froides.

Connaissez-vous l’allégorie des trois tailleurs de pierres sur un chantier de cathédrale ? On demande au premier ce qu’il est en train de faire et il répond qu’il est en train de tailler une pierre ; il fait son travail mécaniquement, pressé de rentrer chez lui. Le second, qui travaille plus méthodiquement, répond qu’il est en train de construire un mur. Tandis que le dernier regarde bien plus haut, il travaille avec passion et il répond fièrement qu’il est en train de construire une cathédrale.

Il y a ceux qui ont choisi de travailler avec l’humain et qui sont payés pour faire leur travail et puis il y a ceux qui ont choisi de travailler avec l’humain et qui le font avec humanité (et cela les rend bien plus riches encore).

Dans les deux cas, le travail est honorable, mais il n’impacte pas le monde de la même manière.

Ce type d’article ne cherche pas nécessairement à trouver une conclusion tranchée et définitive. Il n’impose rien. Il retrace simplement le fil d’une réflexion que je partage aujourd’hui avec vous.

Je vous retrouve lundi pour un nouvel article sur un tout autre thème.

EM.

N’hésitez pas à alimenter cette réflexion dans les commentaires.

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14 réponses à Les membres du personnel hospitalier sont-ils tous humains ?

  1. petite étoile*** dit :

    Comment dire, les mots justes ont été trouvés pour décrire au mieux l’attitude parfois glaçante du membre hospitalier qui est inadmissible. Esperons qu’ils se remettent en question un jour..

  2. Maman de 4 enfants dit :

    En lisant cet article,je reconnais plusieurs situations que j’ai vécu moi même très difficile a comprendre et a accepter du point du membre hospitalier .la routine est un poison ,la routine du travail et de la vie.c est la maladie de plusieurs êtres humains ,je suis d’accord avec vous c est parfois très frustrant de parler a un robot .mais j avoue être tombe plusieurs fois sur des êtres humains , des personnes qui ont sauvé ma vie en guérissant mes enfants .l article est très touchant merci a vous

    • EM dit :

      Bonjour Maman de 4 enfants,

      Oui, il y a quelques perles rares qu’il ne faut pas oublier et qu’il est juste de mettre à l’honneur. Merci pour votre commentaire et à lundi !

      EM.

  3. Charlotte dit :

    Je suis de l’autre côté alors je ne peux que nous défendre. Je pense qu’on a tous fait ce métier car on y croit et qu’on aime ça. Après dans un contexte, on peut peut-être avoir des attitudes contestables et déplorables. Le burn out, nous touchent tous. Les conditions de travail sont insensées.

    • EM dit :

      Bonjour Charlotte,
      Merci pour votre regard sur cet article qui peut sembler très dur à première vue. Je comprends, quoi qu’il en soit je ne peux que remercier les personnes qui font ce travail difficile.
      Au plaisir de vous revoir par ici,
      EM.

  4. Lyly dit :

    Très beau texte !!!
    Je suis une soignante et il est vrai que certaines situations vont me toucher beaucoup plus de d’autres, celles qui font appel à mon histoire
    Pour travailler dans la santé, on doit forcément aimer l’humain (enfin on se pose la question pour certains tout de même)… Mais les histoires que nous rencontrons sont nombreuses, il est essentiel de mettre une barrière pour pouvoir prendre soin de tout le monde… Barrière qui peut parfois sembler froide mais indispensable pour ne pas sombre dans la mélancolie des histoires des gens …

  5. EM dit :

    Bonjour Lyly,
    Merci beaucoup ! C’est un article qui commençait à descendre dans le fil du blog et je craignais ne jamais être lu par des personnes du milieu. Je vous remercie d’avoir pris le temps de déposer un message. Il y a un équilibre à trouver. Parfois les patients ne doivent pas être tendre non plus, mais parfois il y a aussi un parfum d’orgueil de la part de certains médecins. Souvent c’est difficile à encaisser pour nous autres, les patients.
    Comme je le répète, il s’agit quoi qu’il en soit d’une profession difficile et honorable.
    Au plaisir de vous relire dans les commentaires !
    EM.

  6. Cendra dit :

    Je te rejoins sur cette analyse que je trouve très juste, juste dans le sens où tu n’accables as le personnel hospitalier mais que tu identifies les causes probables à une certaine froideur que l’on peut ressentir. Perso, j’ai vu de tout, des sages femmes bienveillantes et chaleureuses, des sages femmes méprisantes, des chirurgiens à l’écoute, des aides soignantes douces et d’autres totalement neutres émotionnellement!

    • EM dit :

      Bonjour Cendra,
      Je te remercie d’être passé par ici ! Il y a de tout c’est vrai. Merci d’avoir pris le temps de laisser un commentaire.
      Au plaisir de te relire sous mes articles !
      EM.

  7. Yesmine dit :

    Tellement vrai! J’ai eu un accident de scooter dernièrement pendant mes heures de travail (je suis livreuse en temps partiel à côté de mes études de droit pour pouvoir subvenir à mes besoins). Je n’ai rien eu de grave et donc je me suis senti particulièrement mal d’être là à faire perdre du temps aux médecins, aux pompiers etc, et je ne cessais de pleurer par rapport à cette situation (ou parce que je suis hyper sensible surement) et lorsque j’ai expliqué au médecin pourquoi je pleurais, elle a eu le culot de me dire  » ah bah oui on fait pas des pizzas nous ici » alors que je me sentais juste mal de leur faire perdre du temps, et que j’étais encore sous le choc de mon accident. Aucune empathie pour une jeune fille d’à peine 1m60, qui cumule étude et boulot, et qui n’a pas ses parents dans la même ville pour pouvoir venir la chercher à l’hôpital..
    Cet article est très dur, mais aussi très vrai..
    Au passage, tu as une très belle plume, hâte de continuer à te découvrir (même si je suis encore loin d’être maman aha).

    • EM dit :

      Bonjour,
      Merci beaucoup pour ton commentaire. J’imagine très bien la situation. Souvent nous sommes sensible sur une question et reconnaissante à la fois et en retour la réaction est glaciale…
      Merci beaucoup ! Je suis très touchée 🙂 Tu es la bienvenue et j’ai hâte de te relire en commentaire.
      EM.

  8. Irène dit :

    La froideur est créée par le système en grande partie, pas assez de moyens, des personnels à qui on donne des tâches et un rythme impossible… Face à ça chacun se protège comme il peut, certains arrivent à garder toute leur humanité, d’autres sont en mode survie et peuvent craquer en fin de service, être cassants, peu empathiques etc. Les deux aspects sont les deux facettes d’une même réalité, des personnels très dévoués qui font un travail formidable, et une maltraitance médicale bien réelle aussi malheureusement

    • EM dit :

      Bonsoir Irène,
      Oui le système, c’est vrai que le système y est pour beaucoup. Les gens s’éloignent à cause de cela et c’est triste.
      Merci pour votre commentaire.
      Au plaisir de vous relire par ici.
      EM.

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