« N’aie pas peur, je suis là. »

unbrindemaman © EM – « N’aie pas peur, je suis là. »

C’est, je crois, l’un des mois les plus difficiles de l’année pour moi. Il est plein d’ambivalences, de naissances et de décès. Avec autant de joies et de petites fêtes que de tristesses. C’est le mois de mai. Mon mois de mai à moi. Celui qui succède à mon doux mois d’avril, celui-là même qui me renvoie toujours à mes souvenirs d’enfant, à ma première famille et à mes moments de vie les plus naïfs. Après ce mois de nostalgie, sans répit, je tombe inlassablement sur le mystérieux mois de mai. Depuis trois ans maintenant, c’est le mois qui a fait de moi une adulte d’un coup de savate.

Est-ce que j’aurais même imaginé un jour que ce pourrait être de moi que l’on pourrait parler, dans les futurs repas de famille, entourés d’enfants avides d’histoires, comme de l’arrière-grand-mère qui avait perdu un jumeau à terme sans crier gare ? Je serais cette arrière-grande-tante qui avait vécu une chose horrible : « Tu te rends compte… » Celle qui avait toujours le sourire et qui répondait toujours  :« Ça va et toi ? », comme si de rien n’était, comme si tout allait finalement bien pour elle. Celle qui n’en parlait jamais et qui continuait à vivre comme tout le monde. Si seulement ils pouvaient savoir combien j’ai envie d’en parler. Au moins autant de fois que j’y pense… un peu chaque jour. Mais dans le présent, ça n’intéresse personne, et je reste seule avec mes sentiments.

Je commence à m’approcher de certaines dates qui m’engourdissent quand j’y pense : la naissance de mes jumeaux, la fête des mères et quelques autres dates aux alentours qui ont beaucoup de sens,  des dates que personne ne retient mais qui sont intactes dans mon cœur… Pour ne parler que de la fête des mères, elle n’a jamais été une vraie date importante pour moi (c’est un truc commercial, non ?). Mais voilà,  l’année de naissance de mes enfants, cet événement précis, qui bouge d’année en année, tombait le jour même de leur naissance, comme une petite claque supplémentaire. Ce matin-là, et alors que l’accouchement était prévu le lendemain au petit matin, j’ai voulu trouver le moyen de m’évader l’esprit. Je m’étais réveillée tôt d’un cauchemar très réaliste dans lequel j’étais pétrifiée de peur. Dans ce rêve étrange, l’un des deux berceaux qui était à mes cotés s’était tourné d’un quart de tour tout seul. Un rêve vraiment très étrange qui m’avait fait froid dans le dos au point de m’en réveiller en larmes. Un cauchemar comme je n’en fais absolument jamais (le premier, pas vraiment effrayant avec du recul, et dernier en date, datant peut-être de mes cinq ans).

Ce dimanche matin, je n’avais ni envie de lire sur la grossesse, la maternité ou l’accouchement, ni envie de perdre mon esprit dans un roman qui allait m’emmener dans quelque chose de trop décalé de ce que j’allais vivre quelques heures plus tard. J’étais seule et j’avais seulement envie de laisser mon esprit se décharger complètement de toute forme de stress possible. J’ai décidé d’allumer la télévision de ma petite chambre d’hôpital dans laquelle j’étais confinée depuis 14 jours. L’hospitalisation avait été tellement longue, je voyais enfin le bout. J’avais finalement réussi à me détendre complètement avec des programmes pour enfants un peu nuls il faut le dire (Gulli étant la seule chaîne dont j’avais le droit dans mon forfait), mais ils avaient le mérite de me laisser sereine pour une heure ou deux. Puis il y a eu cette publicité sur la fête des mères : c’était le jour même, et à ce moment précis, j’ai eu une monté d’angoisse et de chagrin terrible, incontrôlable. J’ai décroché mon téléphone, j’ai appelé ma maman, je lui ai souhaité une joyeuse fête des mères et j’ai fondu en larmes. J’avais l’intime conviction que j’allais perdre la vie dans cet accouchement, je lui ai même fait mes adieux (c’est complètement loufoque quand j’y pense). C’était un sentiment inexplicable, qui prend au cou et qui était complètement nouveau pour moi. Je n’avais jamais ressenti cela avant. Je lui ai énoncé les grandes lignes de mon testament à cet instant (j’ai même écrit quelques mots à mes enfants). Je n’avais pas peur de la mort en tant que telle, mais j’étais terriblement chagrinée à l’idée de ne pas pouvoir rencontrer mes enfants.

Pour moi, c’était certain, le lendemain se serait fini pour moi. Je serais une maman fantôme qui n’aurait même pas eu le temps d’embrasser ses enfants pour qui elle avait tant souffert. Ma maman m’a rassurée comme elle a pu. Elle était démunie et un peu perdue par ce que je lui racontais. Avec du recul, je me demande vraiment ce qui m’a pris. C’est en apprenant que nous étions le jour de la fête des mères que j’ai réalisé le nouveau rôle imminent qui m’attendait. J’avais pourtant hâte, mais il faut croire que mon subconscient avait déjà ressenti des choses. Il m’était inimaginable de projeter ce sentiment sur mes enfants, alors je pense que j’ai naturellement dû penser que c’est de moi dont il allait s’agir. La mort avait-elle déjà pénétré mon ventre ? Depuis combien de temps ? À l’instant même ? Quelques heures avant ? À quelques minutes près ? Et mon cauchemar ? Depuis quand est-ce que je fait des rêves prémonitoires, moi ? Est-ce même possible de ressentir autant de choses d’un coup ? Ça existe vraiment ?

Le mystère reste entier. Je n’ai pas partagé cette grande angoisse soudaine avec mon époux qui n’était pas présent cette matinée-là. Je ne voulais pas l’inquiéter, mais je peux dire sans aucun doute que j’ai ressenti la mort roder autour de moi. J’aurais préféré en être la cible, mais on ne choisit pas ces choses-là.

Une heure plus tard, une sage-femme découvrait, durant une dernière échographie de contrôle, que c’était fini. « Un cœur sur deux s’est arrêté, c’est comme ça, on ne peut rien faire Madame. » J’ai accouché en urgence, le jour de la fameuse « fête » des mères. Dans l’incompréhension la plus totale. Ce fut un déchirement sans nom. Je pouvais m’attendre à tout sauf à cela. Depuis ce jour, je ne cesse d’y repenser. À ce pressentiment que j’ai eu, à cette certitude de ma mort à moi, quelques minutes avant qu’on ne m’annonce qu’une partie de moi s’était effectivement envolée.

Je n’ai réellement ressenti la mort roder autour de moi qu’une seconde fois, de façon très surprenante lors d’un voyage en famille, suite à cette épreuve qui m’a laissée hypersensible, hyperprévoyante et hyperprotectrice avec ma fille, mon époux et ma famille en général. Je précise que je n’ai absolument jamais eu de pensées morbides et que j’aime la vie, je n’ai jamais eu de tels pressentiments avant de rencontrer la mort. Dieu merci, nous n’avons rien eu durant ce voyage, mais au retour nous avons croisé une voiture retournée sur la route entourée de nombreux soignants. Quelqu’un est peut-être mort ce jour-là, ce n’est pas certain mais c’est très probable. Cette image reste encore gravée dans ma mémoire.

Pourquoi écrire tout cela ? Je ne sais pas. Il m’arrive de me sentir complètement décalée du reste du monde. Comme si j’étais déjà cette arrière-grand-mère lointaine qui avait vécu de vraies choses. De vraies épreuves de la vie. Le genre de choses qu’on ne partage pas avec n’importe qui si l’on n’est pas prêt à entendre des atrocités ou des idioties mais qu’on apprend à décrire tout de même en dépit de tout cela, avec recul toujours. Et tant pis pour ceux qui n’ont pas la maturité et l’intelligence émotionnelle de comprendre. De toute manière, je reste seule avec mes souvenirs et mes ressentis. Je suis alors tantôt cette coquille vide avec le cœur en miettes, abattue et vidée, et quelques temps plus tard, je peux être une version de moi-même pleine de force et de courage. Mais en même temps, est-ce que j’ai vraiment le choix ? Je sais que dans les deux cas, l’espoir est toujours là, alors je tiens. Mais, aussi entourée que je puisse l’être, c’est un chemin douloureux que j’empreinte seule.

C’est souvent le soir que mon esprit et mon cœur me soumettent ce temps de « décryptage » que je n’ai parfois pas. Le mois de mai semble donc devenir le mois des insomnies sans que je ne puisse rien y faire. Et je me refais inlassablement le même film. J’essaie de comprendre. Je me revois discuter avec les médecins, les sage-femmes, le personnel soignant. Je revis tout sans aucun manquement, avec détails, sans écart avec la réalité. J’analyse chaque mot et chaque regard pour comprendre. Je revois mon fils dans mes bras. Mon grand garçon qui était si beau et si mignon. Un vrai petit homme qui semblait avoir vécu tellement plus que moi, avant même d’être né. Mon fils que j’aime tant et dont je souffre de n’avoir pu embrasser assez les joues, les mains et le front. Il me fallait bien une vie pour parvenir à lui offrir une quantité acceptable de l’amour qu’il mérite tant, si j’avais pu. Je me rappelle ses traits, son poids dans mes bras, son sourire, ses cheveux. Tous ces détails troublants que je retrouve intacts sur ses photos et en sa sœur jumelle aujourd’hui encore. Je me rappelle de mon époux qui était affecté comme jamais je ne l’avais vu auparavant, son fils dans les bras… Je me rappelle aussi les réactions de notre entourage et de l’équipe médicale. Toutes différentes, parfois absentes, parfois sommaires, parfois inquisitrices, parfois réconfortantes, à l’écoute, accusatrices ou compréhensives, et aussi maladroites la plupart du temps. Et je me demande, qui était vraiment là pour moi ? Pour nous ? Qui sont ceux qui ont cherché à savoir si nous allions bien ? Qui sont ceux qui nous ont pris dans leurs bras ? Qui avait l’oreille attentive et les mouchoirs tendus simplement par bonté et par empathie, sans rien attendre en retour, sans curiosité mal placée ? Qui a sincèrement pris du temps pour nous ? Même si ces situations sont désagréables et gênantes ? Qui a fait l’effort de rester neutre et délicat, même si ce n’est pas évident ? Qui a fait l’effort ?  Et qui en fait toujours ? Je me rappelle que j’ai beaucoup entendu : « Allez c’est bon, arrête de pleurer, tu as ta fille, estime-toi heureuse. » C’est le genre de réflexion qui balaie d’un revers de la main les sentiments que j’ai besoin d’extérioriser et de simplement partager. Le genre de réflexion auquel on ne peut rien répondre parce que le mur qui se tient devant nous est trop imperméable. Froid.

Les premiers temps étaient traumatisants, et ce, au-delà des faits, de par les images qui en ressortent, de par certaines réactions ou certains mots que j’ai reçus, et ce sont ces attitudes qui ont contribué à ce que je finisse par me résoudre à garder de plus en plus les choses pour moi, pour me protéger. Mais voilà les conséquences, c’est un très lourd chagrin qui refait surface et qui déborde la nuit, souvent au mois de mai, à l’approche des fameuses dates. C’est ma réalité. Même sur mon propre blog, j’ai mis du temps à en parler, pour ne pas déranger. C’est triste quand on y pense.

« N’aie pas peur, je suis là. » Ça, c’est une phrase que j’aime, qui a du sens, qui veut dire en quelque sorte : « Tu peux compter sur moi, je suis à tes côtés pour traverser cette épreuve ». Ces phrases, j’aurais eu besoin de les entendre mille fois ou même au moins une seule fois. Même si elle sont simplistes et qu’elles ne déterminent rien, elles restent émotionnellement très réconfortantes pour quelqu’un qui a justement peur. Moi, sur le coup, j’étais pétrifiée par à peu près tout. Peur de ne pas comprendre, de ne pas réussir à profiter de mon fils tant qu’il était encore dans l’hôpital près de nous. Peur de perdre aussi ma fille soudainement. Peur d’être submergée par la peine. Et, comme toutes les nouvelles mères, peur de mal faire et de me sentir perdue dans ce nouveau rôle inconnu et tranchant pour lequel tous les regards étaient tournés vers moi. Je me suis finalement très bien débrouillée et ce dernier point n’a pas du tout posé problème. Au contraire, passées les premières heures, ce n’est qu’auprès de ma fille que je me sentais comprise, en sécurité, forte, protectrice et utile. C’était une évidence. J’étais sa seule maman. J’étais leur maman et je les aimais de tout mon cœur tous les deux, autant l’un que l’autre, pour toujours.

« N’aie pas peur, je suis là. » Il faut croire que c’est une phrase que j’ai beaucoup répétée à ma fille puisqu’elle me l’a sortie hier, avec son cœur, avec une prononciation  parfaite en me caressant la tête alors que je venais de sursauter après qu’une mouche se soit posée sur ma main. Ça n’a l’air de rien, mais ces mots et ce geste de réconfort immédiat m’ont profondément touchés. Évidemment, ce n’est pas le rôle d’un enfant de réconforter son parent. Ce n’est pas ce que j’attends de ma fille. Je fais d’ailleurs attention de ne pas trop craquer devant elle concernant son frère, ce qui ne nous empêche pas de lui parler de son jumeau. Nous le faisons avec le sourire la plupart du temps. Je pense que c’est de voir qu’elle a cette empathie et cette douceur en elle qui m’a vraiment beaucoup émue.

Avant la naissance de mes enfants, je n’avais jamais vraiment rien vécu de personnellement difficile. J’avais une vie simple, avec des défis simples, des études longues et difficiles certes, mais ce n’était pas une question de vie ou de mort, c’était mon choix, mon truc à moi. Je n’avais pas de vrais problèmes… J’étais à l’écoute de tout le monde, toujours disponible. J’étais la bonne copine réconfortante. J’étais le réceptacle des histoires les plus tristes et graves de mes copines, on me parlait de cancers, de problèmes graves, d’avortements et d’autres histoires lourdes à vivre et difficiles à supporter. Parfois, cela dépassait le cadre de mes copines les plus proches, et des filles que je connaissais à peine prenaient le temps de me déballer leur vie la plus intime, comme si j’étais la seule personne disponible pour entendre cela. J’étais la confidente et moi je n’avais jamais rien à raconter, car je n’avais pas de problèmes. Je ne me posais même pas la question de savoir s’il y aurait quelqu’un de l’autre côté pour moi le jour je pourrais en avoir besoin. J’écoutais juste, je réconfortais, je donnais mon avis aussi tranchant soit-il mais avec sincérité lorsqu’on me le demandait, et j’aiguillais comme je pouvais les âmes en peine qui venaient pleurer à mon épaule. Je me suis toujours sentie spéciale vis-à-vis de toutes ces confidences qui m’arrivaient étrangement aux oreilles sans que je ne demande rien. C’était juste comme ça. Je n’avais aucun problème, il fallait bien que j’aide les autres, non ?

Puis récemment, j’ai compris. Ce que j’ai remarqué depuis que j’ai vécu ce que j’ai vécu, c’est que nous sommes dans une société du « chacun pour soit », où si tes émotions me gênent, je ne vais pas faire trop d’efforts pour essayer de prendre le temps de te réconforter, parce que je ne veux pas que tes ondes de tristesse viennent se réverbérer dans ma petite bulle. Mais bon, allez allez, c’est bon, arrête de pleurer, qu’on passe à autre chose. D’ailleurs, je t’ai raconté ma journée ? C’est la réalité du monde dans lequel nous vivons. Une société du chacun pour soit, une forme de course au bonheur individuel où rares sont encore les personnes qui sont touchées par les problèmes des autres au point de leur tendre les bras. Et alors que l’humain a intrinsèquement besoin l’un de l’autre pour aimer, se sentir aimé, et avancer sainement dans la vie, entouré d’autres êtres humains à l’écoute, il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas dans cette dynamique empathique. Il y a même beaucoup de personnes qui n’ont aucune notion de sollicitude. Mais vraiment aucune…

Pour les plus fragiles qui traversent des épreuves difficiles, certains ont même recours à des psy parce qu’il n’y a vraiment plus d’issus. Est-ce que je suis un peu en train de dire que si tout le monde avait au moins un peu de sollicitude pour les autres, alors il n’y aurait plus vraiment besoin de psy ? Je parle du cas utopique où tout le monde aurait la chance d’avoir au moins quelqu’un de confiance à qui parler, et de quoi être réconforté… Peut-être que c’est ce que je pense, effectivement.

Pour moi, personnellement, j’ai eu quelques soutiens qui ont été très importants, non pas parce qu’ils cherchaient à trouver une explication, ni parce qu’ils voulaient à tout prix que j’arrête au plus vite de pleurer. Non, ils ont juste été à l’écoute et ils m’ont simplement prise dans leurs bras. Je n’attendais rien de plus. Et d’ailleurs, que pouvaient-ils faire de plus ? Ils ont fait le maximum et c’est ce qui était important. Je savais que le vrai chemin intérieur, je le ferais seule, mais ce petit soutien extérieur a tout de même été très important. Alors je n’ai pas eu besoin de psy, mais à côté de ces personnes incroyables qui ont vraiment été là et que je n’oublie pas, j’ai entendu tellement d’inepties de la part du reste du monde, parfois à des moments où j’étais la plus sensible et fébrile, que j’ai eu tendance à me renfermer sur moi-même pour me protéger de certains mots pourtant incohérents parfois, surtout incroyablement déplacés la plupart du temps. Aujourd’hui, je n’attends vraiment plus rien des gens, même plus des médecins qui sont pourtant censés avoir fait un peu de psycho dans leur parcours, je suppose… Aujourd’hui, ma foi reste ma seule toile de fond, et même si j’aurais préféré pouvoir m’exprimer davantage sans avoir le sentiment de déranger, je reste sur cette base, accompagnée des gens qui m’aiment vraiment et qui m’ont déjà démontré leur soutien sincère et désintéressé.

J’ai eu cette grande désillusion au moment du choc, mais on ne m’y reprendra plus, maintenant j’ai compris. Tout le monde n’est pas sensible, tout le monde ne comprend pas, tout le monde ne veut ou ne peut pas faire l’effort, tout le monde n’est pas ce qu’il prétend être et c’est d’ailleurs sûrement pour toutes ces raisons que les psy ont autant de boulot… Les jours où j’ai vraiment un trop plein d’émotions, je me dirige vers ceux qui ont vraiment été là, ceux qui ne m’ont pas déçue au moment où j’avais vraiment besoin de soutien. Je me dirige vers ceux en qui je sais que je pourrais me confier sans problème. Ils sont très peu nombreux, mais j’ai la chance d’en avoir quelques-uns dans mon entourage, sans oublier mon époux et ma fille, dont la seule présence me rassure et me réconforte. Et même avec ces quelques soutiens importants, je ne me fais pas d’illusions : le vrai chemin, on le parcourt seule, dans sa tête et son cœur, avec ses souvenirs, avec ses émotions, et avec sa foi.

Je terminerai ce billet un peu brouillon par cette belle phrase de Gandhi (ce billet se transforme finalement en un genre de rendez-vous des mots inversé) : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde. »

Moi, j’ai sûrement énormément de choses à changer sur plusieurs points. Mais concernant mon empathie et ma sollicitude, je ne compte pas changer pour devenir aigrie sous prétexte que j’ai vécu une chose difficile. Car quand je lis cette citation, je pense à ces (et je ne les mets pas toutes dans le même sac) secrétaires, ces sage-femmesces gynéco et autres femmes qui se sont occupées de moi avec si peu de douceur à cette période traumatisante de ma vie. Je pense au jour où elles traverseront des épreuves aussi difficiles à vivre que ce que j’ai enduré, si elles ont à en vivre (et je ne le leur souhaite vraiment pas). Je pense à elles, parce que bien malheureusement, à moins de beaucoup de chance, je doute qu’elle puissent s’attendre à plus que ces mentalités froides qu’elles ont elles-mêmes contribué à forger autour d’elles.

En ces soirs de mai, quand je me replonge dans tous ces souvenirs,  je me demande pourquoi j’ai été témoin d’autant de « froideur » alors que j’ai toujours été très chaleureuse avec tout le monde, tout au long de ma courte vie. J’ai le sentiment de ne pas avoir mérité un tel traitement. Évidemment, je ne parle pas du décès soudain et inexpliqué de mon fils ; cela, personne n’y peut rien, je n’en veux à personne pour cela, et ces questions sont trop complexes à mon échelle, mais je parle bien de la réaction des gens vis-à-vis de cette épreuve. Ces réactions qui m’ont tant déçue et qui me laissent encore un goût amer. Alors pourquoi ?

La seule réponse que j’ai trouvée, c’est que j’étais bien trop naïve. Cette expérience m’a ouvert les yeux sur la réalité de la vie, la vie où tout n’est pas rose. Il y a cette redoublante en archi qui, à mon arrivé en première année, me disait : « L’archi, c’est comme dans la vie, tu marches ou tu crèves. » J’étais persuadée qu’elle avait tord et je pensais d’ailleurs que c’était à cause de cette mentalité malade qu’elle avait loupé son année. Et finalement, j’ai découvert qu’énormément de personnes ont cette mentalité. C’est ça le problème. Personnellement, et même avec tout ce que j’ai vécu, je continue de penser qu’elle avait tord. Et aujourd’hui, même si j’ai le cœur d’emblée plus lourd lorsque je vais à la rencontre des personnes, je reste avenante et à l’écoute car je reste convaincue que c’est ce dont les habitants du monde ont besoin pour aller mieux, justement parce que la vie est dure.

C’est ce que je compte continuer d’enseigner à ma fille.  C’est vrai, je lui répète souvent « N’aie pas peur, ne t’en fais pas, je suis là » quand je veux la réconforter, et j’espère que ce sont des mots qu’elle continuera de prononcer à son tour le jour où elle sera auprès de personnes qui auront besoin de réconfort à leur tour, même si elle ne leur doit rien, juste par humanité. Vraiment juste par humanité. Parce que je sais que même si le chemin intérieur, nous le faisons toujours seule, et même avec la foi, nous avons tout de même besoin des autres membres de la communauté humaine pour avancer, c’est comme ça.

Un « Ne t’en fais pas, tu n’es pas seule », c’est comme un sourire, c’est comme une caresse sur l’épaule, c’est comme un regard réconfortant, ça ne coûte rien.

Je n’oublierai simplement pas de lui préciser que toutes les personnes qu’elle pourrait rencontrer dans sa vie n’auront pas forcement la sollicitude et le cœur qu’elle a, et qu’une fois de plus, elle ne devra pas s’en faire, car ce qui importe, et ce qui est certain, c’est que même si le chemin on le fait seul, elle pourra toujours compter sur moi, son papa et sur son frère qui reste auprès de nous, dans nos cœurs et notre esprit pour l’accompagner si besoin. Et notre foi reste un moteur d’espoir incommensurable qui fait que même seule au monde, même délaissée de tout le reste de l’humanité, nous ne sommes jamais complètement seule.

Je me relis un peu et je constate que j’ai seulement suivi le fil de ma pensée. Je pars finalement un peu dans tout les sens et je me répète beaucoup. Dans cet article qui est déjà bien trop long, je ne parle pas seulement du cheminement et de la gestion émotionnelle personnelle du drame en tant que tel, qui pourrait faire l’objet d’un article à part entière, mais je parle aussi de l’accompagnement qu’une personne peut espérer recevoir de son entourage ou des personnes présentes au moment du choc ou encore de simples inconnues, pour espérer aller mieux.

Bien sûr, personne ne peut changer les faits, et personne ne peut prétendre réussir à faire oublier les soucis d’un coup de baguette magique, mais avec quelques gestes et quelques mots, on peut faire tellement. Durant les premiers mois où j’étais vraiment très sensible, un regard fuyant pouvait me briser le cœur, une remarque déplacée pouvait me remplir de rancœur, de colère et d’incompréhension, comme si j’avais besoin de ça en plus… Une question mal placée pouvait me tourmenter des nuits entières (elles me reviennent encore aujourd’hui).

Toutes les intonations, les regards et les mots, d’inconnues comme de proches, avaient de l’importance pour moi, c’était mon seul moyen pour me rattacher à l’humanité de nouveau. Inversement, la simple mention du prénom de mon fils et de mon rôle de maman pour lui pouvaient me remplir de joie, parce que ces personnes qui n’avaient pourtant jamais rencontré mon fils le considéraient comme un membre à part entière de ma famille, avec respect et bienveillance. Le dire et le montrer concrètement était important pour moi. Faire comme si nous n’avions rien vécu, et comme s’il n’avait jamais existé, était très malsain et je ne le supportais pas.

Aujourd’hui, avec beaucoup de recul et avec plus de lucidité sur cette humanité détraquée et malade dans laquelle nous évoluons, je lâche du leste. Je suis peut-être moins « exigeante » (exigeante est un grand mot, disons plutôt que ce que je pensais être naturel comme réactions de réconfort ne l’était tout simplement pas pour tout le monde). Je n’attends rien et plus encore, je me préserve. Je reste très sensible mais je me protège encore beaucoup mieux du regard et des réflexions des autres. Parce que j’ai enfin compris que tout le monde ne peut simplement pas comprendre, tout le monde ne sait pas comment faire pour avoir les bons mots ou pour simplement être là. C’est triste de le réaliser sur le coup, mais c’est comme ça. C’est la vie et il faut continuer d’avancer.

EM.

Merci à celles qui auront eu, une fois encore, le courage de me lire jusque-là… Si vous avez déjà été confrontée à des épreuves difficiles dans votre parcours de vie, avez-vous été bien entourée ? Avez vous été déçue, ou alors vous n’attendiez rien ? Avez-vous eu recours à des aides extérieures ou êtes vous parvenue à vous en sortir seule ? Si vous avez la foi, comment celle-ci vous a-t-elle aidée à garder le cap ? Exprimez-vous librement en commentaire.

Personnellement, j’ai écrit la première partie de cet article hier, et cette nuit j’ai beaucoup mieux dormi. Alors c’est vrai, comme on a aussi pu me le faire remarquer, il y a pire dans la vie que d’enterrer son enfant. C’est vrai, au moins on a pu en avoir un, et puis dans mon cas, j’en ai une autre en vie. C’est certain que je suis reconnaissante pour cela, mais il n’empêche que j’ai une peine relative à un autre traumatisme qui mérite d’être extériorisé. Ce n’est pas parce qu’il y a pire qu’on ne peut pas se permettre d’y penser, d’en parler et de pleurer quand on en a besoin. Alors n’hésitez pas à en parler et à écrire aussi quand il n’y a plus personne pour soulager vos douleurs au moment où vous en avez besoin, parce que ça fait du bien.

Il n’y a pas que des écrits tristes sur mon blog, ce n’est pas parce que j’écris à ce sujet que je suis incapable d’être joyeuse et d’avoir des projets dans ma vie. Vous le voyez bien… Arrêtons de penser qu’endiguer nos sentiments pourrait nous aider à aller mieux. Car c’est tout le contraire et je suis convaincue qu’une majeure partie des problèmes du monde se tient dans cette simple question ; dans des non-dit qui causent tant et tant de névroses qui s’entremêlent parce que la sollicitude des uns et des autres se perd à mesure que les orgueils individuels grandissent…

Pour ma part, il me reste encore quelques dates à traverser, le mois de mai laissera place au mois de juin et la vie va continuer. De toute façon, il n’y a pas mille choix, il faut continuer d’avancer.

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22 réponses à « N’aie pas peur, je suis là. »

  1. Ton article est comme toujours très beau.
    Tu sais quoi, moi aussi j’ai fait des cauchemars de fin du monde 3 fois durant ma seconde grossesse.
    La 1ère la veille de l’écho où on a découvert un bébé ! Un rêve de bombe qui extermine le monde entier…. Oui moi, c’est tout le monde ou personne qui meurt !
    Vu les symptômes et les saignements, je m’attendais à ce que le sage-femme trouve un kyste. Et pas de kyste mais un embryon. D’après la taille, 8 semaines, le sage-femme était surpris que je ne le sache pas ! Je lui ai expliqué mes symptômes et il a regardé encore jusqu’à trouver un hématome vers le placenta sûrement dû à un décollement de l’œuf. Il est devenu moins confiant pour la suite et m’a dit de prendre une décision rapidement. Mon homme ne voulait pas, il a dit que tout allait bien se passer.
    Le 2eme quelques jours avant une écho où on allait voir qu’il y avait un retard dans la prise de poids et la position anormale du placenta. Toujours un rêve de destruction du monde, par des extra-terrestres cette fois-ci !
    Le 3ème, 2 jours avant l’accouchement et toujours la destruction du monde par des méchants !
    Alors je crois que mon corps savait, qu’il m’a envoyé des messages. Je ne suis pas projetée dans ma grossesse et la vie à 4. J’ai fait des achats à la dernière minute car je n’avais pas de vêtements de petite taille.
    Chez moi, personne n’en parle en réunion. Ma sœur étant aussi enceinte à l’époque. Mais l’arrivée de mon neveu a été gâchée. Mes parents ont moins accroché avec mon neveu. Mon homme pas du tout il ne le supporte pas, ni le fils d’une copine né cette année là.
    Sinon je sais que dans ma famille du côté de ma mère, il y a des cas comme le nôtre, mais bon, on ne le sait qu’après !
    J’ai pu discuter avec une amie à ma mère et ma dentiste.
    La dernière fois où on m’a posé la question : soirée au boulot, lors d’une danse avec un collègue, on est copain d’enfance. Il avait appris mais sans plus et comme on parlait de ma maladie, il a posé la question. Ça ne m’a pas dérangé.

    • EM dit :

      Merci beaucoup pour ces confidences. Je suis très impressionnée par le sujet des pressentiments et des rêves qui en disent long. J’ai aussi fait quelques autres rêves encore plus parlant durant ma grossesse, pas des cauchemars mais des indications limpides avec du recul. Je trouve que tu as beaucoup, beaucoup de courage d’en parler si peu. Je pense souvent à toi et à la manière dont tu as gérée le choc. C’est intéressant quand tu dit que les cas comme le votre ne vous ont été expliqué que après. il y a beaucoup de tabous qui entourent ces sujets c’est fou.
      Merci beaucoup pour ton message en tout cas. Je t’embrasse fort.

  2. Ping : « N’aie pas peur, je suis là. »

  3. Suzanne dit :

    là tout de suite j’aurai juste envie de te serrer fort dans mes bras, pour te dire que j’aimerais être cette épaule sur laquelle tu peux pleurer et même rire.
    Ton fils restera à jamais une part de toi, de ton coeur, de ton âme.
    Comme un éternel recommencement, un triste anniversaire mais aussi la célébration de cet amour maternel, on essaie de mettre des mots sur ces maux qui j’espère s’estompera peu à peu sans réellement disparaître….
    On a des coups de mous, des coups de blues mais ne dit-on pas après la pluie vient le beau temps ?
    Prends soin de toi, EM, je t’embrasse bien fort !

    • EM dit :

      Merci Suzanne, depuis que je te connais j’ai tout de suite ressentie cette douceur qui fait que l’on s’entend si bien sans jamais s’être rencontré. Je te remercie beaucoup.

  4. petite étoile*** dit :

    Article lourd en émotions. Difficile de decrocher cest écrit avec le coeur. Je comprends bien ce que tu decrit par rapport a certaines personnes qui ne semblent avoir aucune empathie cest triste et dur dans des moments pareils où l etre humain n est pas prêt a affronter cette réalité là mais comme tu le dis si bien la vie doit continuer. Il nous arrive parfois des choses terribles et là tout de suite il faut etre un « adulte » comme si un adulte n avait pas le droit d être réconforté, rassuré. .
    Je t embrasse fort

    • EM dit :

      C’est exactement ça. Tu mets le doit sur ce sentiment que je n’ai pas réussi à énoncer clairement : « Il nous arrive parfois des choses terribles et là tout de suite il faut être un « adulte » comme si un adulte n avait pas le droit d être réconforté, rassuré. » C’est tout à fait ça. Je te remercie en tout cas pour tes mots et ta présence. Merci beaucoup.

  5. Tu sais quoi, je crois que je n’ai pas trop de mots là, moi la pipelette… juste beaucoup beaucoup beaucoup d’émotions à te lire. Merci de nous faire confiance au point de partager ça avec nous, merci pour cette leçon de vie que tu nous apportes à travers tout ça. J’ai envie de venir boire un verre avec toi et de te dire « je suis là si tu as besoin ». Je pourrais t’écouter… on pourrait discuter… ou on pourrait tout simplement rester côte à côte sans rien dire en regardant le ciel et en laissant un doux sourire tendre se poser sur nos lèvres… Je t’admire pour ce que tu as été, ce que tu es et ce que tu seras. Tu es une bien belle personne et tes enfants, ici et là haut, ont l’air de te ressembler ! Je t’envoie plein de pensées et de soutien pour ce mois de mai. Je t’embrasse, sincèrement

    • EM dit :

      Merci beaucoup d’avoir pris le temps de me lire Séverine. Tes mots sont vraiment très gentil, je les gardes précieusement dans mon coeur. Je t’embrasse aussi et je te remercie encore.

  6. une mamange dit :

    J’aurais pu écrire une bonne partie de tes mots. Le monde est malheureusement assez nombriliste, l’empathie est une qualité si rare qu’elle en devient presque un don. Comme toi, j’ai souvent été celle auprès de qui on s’épanche mais le soutien que j’ai depuis notre drame est moindre par rapport à ceux que j’ai aidés. Mais je m’y attendais. Le chagrin extrême fait peur, la perte d’un enfant fait peur et nos sociétés ne donnent pas les outils pour gérer (de l’intérieur ou de l’extérieur) un tel deuil. Alors les gens préfèrent soit se préserver eux-même en s’éloignant, soit sortent des expressions toutes faites qui, en somme, font bien plus de mal que de bien. Tout ça rend le deuil encore plus compliqué à vivre, on se tait, on s’isole, alors qu’on n’a besoin que d’une chose: en parler et pleurer sur une épaule solide et compréhensive.
    Je pense bien à toi et à ton petit bonhomme en ce mois bien particulier.

    • EM dit :

      Je suis touchée par ton regard sur les choses. On n’a pas vécu exactement la même chose et pourtant on a ce même sentiment qui se recoupe. Lorsque on traverse un deuil on devient un peu des pestiférés pour certains. Pour ceux qui veulent ou ne peuvent pas être confronté à de la tristesse, ni même la leur parfois… Et que dire des phrases toutes faites. Merci beaucoup pour ton message qui vient compléter mon texte. Merci et je pense aussi à ton fils très souvent. Gros bisous à toi.

  7. Les mots me manquent… là, maintenant, j’ai juste envie de te serrer dans mes bras, mais je ne peux pas, alors voilà je laisse ça là… et j’espère que tu ressentiras cette douceur que je ne peux pas t’apporter.

  8. Paty dit :

    Coucou, EM,
    J’ai réussi à lire l’article jusqu’au bout 😉
    Plusieurs choses m’ont fait bondir intérieurement, pour diverses raisons… comme ton premier article que j’avais lu sur ce sujet dramatique d’une vie « ordinaire »…
    Tu n’es pas toute seule à avoir vécu cette perte, mais ça n’enlève en aucun cas la douleur ni l’unicité de cette « expérience »…
    Tu trouves que les gens, « du métier » en particulier, n’ont pas eu assez d’empathie, mais peut-être est-ce aussi une façon pour eux de se protéger, même s’il existe des gens qui n’éprouvent effectivement aucun affect … voire même des gens qui te disent les mots que tu veux entendre, mais qui n’en pensent pas un mot, mais ça, c’est encore une autre histoire…
    Tu parles de la foi qui t’a aidée, c’est une bonne chose pour toi, des psy qui ne devraient pas être si l’humanité était humaine (ça, ça se saurait si l’humain n’était pas un loup pour l’homme !), mais la foi n’est qu’une forme de psychologie, et à mon avis orientée … je t’avais dit que je ne rentrerais pas dans le débat, mais je connais une histoire où l’entourage « bienveillant » de la mamange lui a dit qu’elle avait perdu son enfant parce qu’elle n’était pas une bonne croyante, et que si elle ne suivait pas la doctrine (endoctrinement ?) à la lettre, Dieu lui prendrait son 2ème enfant, c’était aussi des jumeaux…
    Alors, oui, je pleure quand je te lis, mais je me révolte à certaines de tes affirmations, parce que ce n’est pas si simple…
    Et tout simplement parce qu’il est difficile de savoir réagir vis à vie d’un drame qui touche quelqu’un d’autre… toi tu avais besoin de présence et d’empathie, d’autres auront besoin de solitude et d’isolement, d’autres encore de fuite dans le travail ou au bout du monde, d’autres de ne plus en parler, d’autres de s’épancher indéfiniment, d’autres de se laisser enliser dans le chagrin, d’autre d’en parler sereinement et même joyeusement…
    Tu dis que les gens ne font pas ce qu’il faut dans une telle situation, mais que faut-il faire face à quelque chose de si intime et difficile que la mort, qui plus est d’un enfant ? Certains t’ont dit qu’il y avait pire ? A mon avis, pas grand chose, si ce n’est voir dépérir son enfant pour x raisons sans pouvoir justement l’aider efficacement… c’est juste mon avis qui n’est valable que pour moi et les personnes qui ont ma sensibilité, car chaque être humain à sa propre sensibilité, même si chaque sensibilité peut se rapprocher d’une autre, car il existe sans doute des familles de sensibilités, certaines choses se ressemblent suffisamment pour être compatibles 🙂
    Désolée d’avoir mis un « coup de pied » dans « la fourmilière » … désolée, sincèrement, car je compatis totalement à cette épreuve que tu as dû vivre, et qui est traumatisante à vie … désolée, parce que ma pensée va bien au delà de ce que j’écris et que j’aurais beaucoup à dire et à partager avec toi, et qu’avec un échange de paroles en tête à tête ce serait beaucoup plus convivial, que je pourrais nuancer et expliciter mon point de vue…
    Alors, je concluerai en te disant que c’est avec plaisir que je te fais un gros calin « virtuel », d’autant plus dans la période que nous vivons ;), et que je suis de tout coeur avec toi pour apaiser ce mois de Mai qui semble particulièrement lourd de souvenirs difficiles pour toi…
    Je t’embrasse avec toute la compassion dont je suis capable…
    Bisous EM 😀

    • EM dit :

      Bonjour ma Paty,

      Je te remercie d’avoir pris le temps de lire mes pavés et aussi d’avoir pris le temps de me laisser un message sincère. Je n’en attendais pas moins de toi, et ça me réjouit de voir que même sur ces sujets délicats, on puisse en discuter sereinement car comme tu le dis, j’ai exposé mon avis qui reste ma vision personnelle, et il y a sûrement autant de visions qu’il y a de sensibilités. Je vais essayer de reprendre les points que tu mentionnes pour clarifier ma pensée par endroits et pour t’en dire un peu plus sur ma vision des choses.

      Concernant le personnel hospitalier que j’ai rencontré. Il y a eu les paniqués, les pros sans cœur, les pressés, les pas pros, et les géniaux. Je ne les mets pas tous dans le même sac, mais malheureusement, il se trouve que les principaux interlocuteurs que j’ai eus m’ont littéralement brisé le cœur. Je pense l’avoir déjà raconté dans un article, mais lorsque la médecin en chef qui était responsable de moi, ose me dire que c’est peut-être finalement de ma faute parce que je n’ai pas signalé que l’un de mes deux jumeaux bougeait moins que l’autre… cela me met en colère de devoir entendre cela, car j’étais hospitalisé justement pour que son équipe puisse vérifier les battements de cœur de mes deux bébés trois à quatre fois par jour. Supporter 3-4 monitoring par jour, ce n’est pas une partie de plaisir, pourtant j’ai tout suivi sans broncher pour le bien-être de mes enfants, en restant agréable avec le personnel qui s’occupait de moi. Et moi à côté de ça, je tenais un carnet dans lequel je mentionnais tous mes symptômes pour les aider à y voir clair. Cette même médecin s’était tout bonnement moquée de moi à l’époque, au moment où je sortais ces listes, elle me disait en ricanant devant son équipe que j’étais bien trop scolaire, ce qui faisait rire tout le monde. De plus, j’ai posé au moins cinq fois la question à des membres différents de son équipe pour savoir si je devais m’inquiéter de ne pas sentir mes enfants bouger en même temps. J’expliquais que j’avais du mal à comprendre qui était réveillé quand. À chaque fois, on s’est moqué de moi, on m’a infantilisée, on me disait : « Mais votre question est absurde Madame, comment voulez-vous savoir qui bouge quand et comment ? L’important est de sentir du mouvement, c’est tout. » Alors je me demande si cette médecin a voulu se protéger émotionnellement lorsque qu’après le drame, je lui ai demandé ce qui avait pu causer ledit drame. Vu sa réaction, je pense plutôt qu’elle a voulu protéger son derrière et son siège pensant que j’étais en train de l’accuser d’une erreur. Or, ce n’était pas du tout le cas. J’avais, comme toujours, une liste de questions pour essayer de comprendre, pas pour l’incriminer, juste pour essayer de comprendre. Mais ces mots qu’elle m’a lancés à la figure m’ont beaucoup touchée parce que quand on est parent, on a envie de penser qu’on est responsable, on a envie de se dire qu’on n’a pas pu protéger son enfant, que c’est effectivement de notre faute. Et jouer cette carte en face, au moment où j’étais vraiment fragile et démunie, c’était tout simplement dégueulasse, lâche… Ça, ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Beaucoup d’autres professionnels qui ont étudié mon dossier m’ont confirmé que ce n’était évidemment pas de ma faute et qu’on ne savait pas ce qui était arrivé. Ce que je veux dire, c’est que je sais très bien faire la distinction entre les médecins qui se sont protégés émotionnellement, qui n’ont rien dit mais qui avaient cette étoile dans l’œil, celle qui dit « Je suis désolée pour toi » mais qui sortait sans un mot. Il y en a même qui ont vraiment dit des mots de réconfort. Ils sont peu nombreux, mais il y en a eu trois ou quatre je crois. Ce que je veux dire par là, c’est que les médecins qui sont confrontés à des drames doivent trouver un moyen de se protéger, ça je suis d’accord, mais quand ils passent dans la moquerie pour « se protéger », qu’ils cherchent plutôt à protéger leur arrière, qu’ils rejettent la faute sur leur petit patient ou qu’ils n’ont aucune délicatesse dans les mots qu’ils emploient, ça devient trop. Il faut vraiment que ça change, car ce sont eux qui sont en première ligne. Moi, tu vois, je l’ai tout de même remerciée, cette médecin. Elle a aussi eu des mots doux pendant ma longue hospitalisation, et c’est elle qui a sauvé ma fille et moi, ça je ne l’oublie pas, mais je n’oublie pas non plus que c’était son boulot. Le « après », elle l’a très mal géré avec nous. On ne peut pas être parfait, ok. Mais ça marque le cœur, quand le professionnel t’accuse à demi-mot de la mort de ton enfant, ça fait mal, surtout quand tu sais que c’est faux. En tout cas, je reste lucide, je sais que dans son boulot, c’est difficile, qu’il y a beaucoup de pestes. Elles se protègent comme elles peuvent, mais moi je n’ai attaqué personne car je savais très bien qu’ils n’avaient, et n’ont, aucun pouvoir de vie ou de mort. Ce que j’ai entendu était idiot, malsain et vraiment inhumain. Ces mots m’ont vraiment marquée. Je le répète encore, poser des questions quand on est le patient, ce n’est pas synonyme d’une attaque ou d’une incrimination. Mais bon, c’est comme ça, tu le dis toi-même : « ça se saurait si l’humain n’était pas un loup pour l’homme ». C’est le « marche ou crève », c’est ce grand problème qui fait que tout le monde devient d’emblée l’ennemi des autres avant d’être simplement des alliés de vie… une communauté humaine.

      Maintenant, le point de la religion dans la gestion du choc. Alors là, ton histoire me choque carrément. Il faudrait peut-être expliquer aux « croyants » qui ont sorti ces inepties, que justement, quand on est croyant, on sait que la justice de Dieu ne se fait pas sur terre mais qu’elle se fait bien dans la vie d’après. Si on considérait que la justice divine se faisait dans cette vie actuelle, alors comment expliquer que des criminels se la coulent douce, que des pauvres gens gentils et bons terminent piétinés dans la rue et j’en passe ? Quand on est vraiment croyant, on sait que la justice divine attend, qu’il faut faire preuve de sagesse et de patience en ne cherchant pas à interpréter à la place de Dieu les épreuves qu’il nous soumet dans cette vie. Quand on a la foi, on comprend et on accepte que les épreuves de cette vie aient une part de mystère qui ne nous sera dévoilé que plus tard. Quand on a la foi, on comprend et on accepte le concept mystérieux et parfois déroutant du « un bien pour un mal » et du « un mal pour un bien ». On pense que gagner au loto, c’est un bienfait divin parce qu’on a eu « cette chance », mais en fait ça nous amènera peut-être à notre perte… Il y a des tas d’exemples. Dans mon cas où j’ai perdu mon enfant, je ne me suis pas dit que c’était sûrement une punition divine. Non, sinon comment continuer de croire ? Si on a des tartes dans la figure en plein milieu de la vie, c’est pour une raison, pour nous ouvrir les yeux choses sur des choses, ou pour nous aider parfois. C’est difficile d’y croire mais tout est possible. Pour moi qui crois, je sais que je recevrais mes « punitions » et mes « bons points » le moment venu, mais je ne m’attends pas à les recevoir dans cette vie-là, mais plutôt quand j’aurais trépassé. En attendant, je traverse les épreuves comme je peux et je m’accroche à ma foi justement parce que je crois en la miséricorde divine, je crois que si je parviens à bien traverser les épreuves qui sont sur mon chemin, j’aurais une chance de retrouver mon fils entre autres. C’est mon espoir. Et dans les religions, il y a cette belle phrase qui dit en gros que Dieu ne fait pas éprouver aux gens plus que ce qu’ils ne peuvent supporter. Quand j’ai appris que j’attendais des jumeaux, je me suis demandée comment mon petit corps pourrait supporter cela, je me suis souvenue de cette phrase et mon corps a effectivement tenu jusqu’au bout. Quand j’ai appris que mon bébé avait perdu la vie, je me suis demandée comment j’allais pouvoir supporter cela, je me suis souvenue cette phrase et je suis là en train de t’écrire ces lignes. Tu vois, si je n’avais pas eu ma fille, peut-être que cette épreuve aurait été trop insurmontable pour moi… Oui, parfois, je me pose la question. J’ai eu une épreuve sur mesure. Et tout ce cheminement me pousse finalement à être reconnaissante pour ce que j’ai et à prendre conscience de mon courage mine de rien. Cette épreuve, je suis en train de la traverser. J’ai mes émotions, mes états d’âme, mais j’avance, je réfléchis, j’y pense, j’en parle, et je continue d’avancer encore. C’est mon épreuve, j’en aurai peut-être d’autres. Mais celle-ci, j’essaie de la gérer comme je peux. J’évite généralement de parler de foi et de religion parce que c’est rapidement délicat et que je n’ai pas envie de glisser sur ce terrain par maladresse, parce que je sais que c’est un sujet délicat, mais là c’était trop gros. La pauvre maman qui a entendu ça… Et ces pauvres gens qui lui ont dit ça n’ont rien compris. En interprétant l’épreuve de cette femme, ils l’ont accusée injustement. La foi comme je la vis, ce n’est pas ça du tout.

      Maintenant pour passer à la question des différents types de sensibilités et de la subjectivité de nos attentes vis-à-vis du soutien que l’on peut effectivement espérer attendre. Alors, déjà, je pense que les membres du personnel hospitalier devraient avoir une base commune neutre et bien construite, avec des mots simples. En prenant le recul nécessaire, en restant pro mais tout en ayant quelques phrases de réconfort déjà, tout en étant cette « autorité de savoir » qui réconforte « scientifiquement ». Je me répète, mais en gros, quand c’est celui qui semble prendre le rôle de scientifique qui te dit que tu as peut-être tué ton enfant, ça marque tout de suite plus que quand c’est une sombre inconnue qui le suggère… Ensuite, tu te demandes : « que faut-il faire face à quelque chose de si intime et difficile que la mort » ; je pense que c’est ce que j’explique : « Un « Ne t’en fais pas, tu n’es pas seule », c’est comme un sourire, c’est comme une caresse sur l’épaule, c’est comme un regard réconfortant, ça ne coûte rien. » Mais ça fait beaucoup de bien. Au contraire, des regards fuyants, j’en ai reçu plein. L’ignorance de la souffrance de l’autre et des faits, c’est terrible. Chacun peut faire quelque chose, de plus ou moins poussé. Mais juste demander si ça va par rapport à ce qui est arrivé, c’est déjà beaucoup, parce que ça prouve que la personne en face en a quelque chose à en faire, de tes émotions. Ça ne veut pas dire qu’on va profiter de cette « brèche » pour déverser notre peine pour autant… Je sais faire attention aux autres aussi.

      J’ajouterais aussi que pour ce qui concerne les proches, au fil du temps, on finit par se connaître les uns les autres et à savoir ce qui pourrait faire du bien aux gens qu’on aime. Même quand on ne sait pas faire, on peut faire quelque chose. Même quand on n’a pas les mots, qu’on ne sait pas se débrouiller face à la tristesse des autres. On peut simplement commencer par le dire tout simplement. « Je sais que ce que tu vis est difficile, mais je ne me sens pas capable d’écouter ton histoire, je suis désolée. Mais je t’aime quand même, tu n’es pas seule. » Parler, juste parler. Communiquer, au lieu de tourner le dos, au lieu de fuir.

      Je trouve intéressant quand tu dis que certains auront besoin « de présence et d’empathie, d’autres auront besoin de solitude et d’isolement, d’autres encore de fuite dans le travail ou au bout du monde, d’autres de ne plus en parler, d’autres de s’épancher indéfiniment, d’autres de se laisser enliser dans le chagrin, d’autre d’en parler sereinement et même joyeusement… » Eh bien tu sais Paty, moi je me retrouve dans chaque parcelle de cette phrase. J’ai tous ces états, tous. Et je pense que quand on vit un deuil, on a besoin de passer par tous ces états. Je suis pas psy, mais je crois que si une personne qui vit un deuil ne passe que par la phase de silence et de fuite, ça risque d’être très mauvais. Je pense que si on n’extériorise jamais les traumatismes que l’on vit, on finit névrosé, et ça, ce n’est pas bon. Ça se vérifie pour les enfants qui vivent des traumatismes, on a tendance à dire qu’il faut les faire parler. Il y a souvent des groupes de parole ou des lieux qui se mettent en place pour recueillir les témoignages de ces gens justement parce qu’on sait aujourd’hui que ça fait partie de la thérapie. Je suis convaincue que taire ses propres émotions et/ou contribuer à taire les émotions des autres, c’est malsain. Il y a toujours un moment où on a besoin d’en parler (pas forcément envie, mais besoin pour notre équilibre, oui). Pas tous au même moment, pas tous de la même manière, mais au moment où on est prêt à le faire, il doit y avoir quelqu’un. C’est juste ce que je dis. Moi j’en avais besoin tout de suite et je l’ai manifesté.

      Paty, sache que je respecte ta sensibilité. Ne prends pas ma longue réponse comme une volonté d’avoir raison à tout prix. Non, j’aime juste discuter de ces sujets avec toi. Ça me fait plaisir que tu aies pris le temps de me lire et de m’écrire tout ça. C’est ton avis et tu es libre de l’exprimer ici ou n’importe où. Je le respecte et je te le dis encore une fois, merci de trouver cette liberté ici. Je suis très ouverte d’esprit et je trouve vraiment cet échange enrichissant. Pour la question spécifique de la foi, c’est une notion vraiment complexe qui touche à l’intime. Je voudrais aussi m’excuser si mon texte a remué des choses profondément ancrées. Sache que tu pourras toujours me parler. C’est un plaisir pour moi. Je t’embrasse très fort et je te remercie encore.

      • Paty dit :

        Coucou, EM,
        Ta réponse est très juste … et je n’en attendais pas moins de toi 😀
        Oui, je t’ai un peu poussée dans tes retranchements, je voulais que tu expliques un peu plus profondément ton point de vue, car quand on n’a pas lu tes autres textes sur le sujet (sur les soignants, notamment), on peut le prendre de façon radicale. Je voulais te pousser à clarifier ton ressenti, et je crois que j’ai réussi, et je m’en réjouis.
        Dans toutes les professions, il y a des gens manipulateurs, égocentriques, incapables… Quand cela touche à l’humain, c’est plus que regrettable, mais la nature humaine est ainsi, et tu le dis très bien, bien mieux que moi 😉 Et le problème des « sachants », dans notre système, c’est qu’on leur apprend surtout qu’ils ne doivent pas ne pas savoir et le reconnaître, que c’est une faiblesse… Et pour beaucoup, pour se décharger de leur remise en question, de leur « faute », ils accusent l’autre de la responsabilité de ce qui est arrivé, et si possible à la victime, car c’est bien plus facile de réussir son coup dans ce cas là. C’est le principe de manipulation que l’on commence à bien décortiquer et qui est présent à tous les niveaux dans nos sociétés. C’est le principe des sectes, des manipulateurs toxiques … et de certains religieux…
        Oui, je reviens à la foi, elle ne me dérange pas quand elle permet aux gens de poursuivre « normalement » leur route. Je respecte énormément la foi, mais très peu les religieux (pas tous car il y en a aussi de très humbles) qui sont « sachants » exclusifs et jouent aussi sur le moment fragile de l’autre… Je suis d’accord avec toi, ce sont des lâches (et pas que les religieux ! 😉 ) qui attirent dans leurs griffes manipulatrices les gens quand ils sont au lus bas et à la recherche d’une oreille attentive, notamment pour faire le deuil… d’un être humain ou de quelque chose…
        Ne te méprends pas EM, c’est moi qui t’ai provoqué, pour que tu précises ta pensée, et ta réponse n’a pas heurtée ma sensibilité car elle est juste … comme tout ce que tu écris. Je voulais juste, encore une fois, te pousser à préciser ta pensée, à aborder plus profondément (et sereinement ?) cette question, si épineuse, douloureuse, et unique pour tous ceux qui ont à la subir…
        Donc non, je ne prends pas ta réponse comme une volonté d’avoir raison à tout prix. Ton analyse est juste, plus complète, comme j’aime te voir l’écrire 😉
        Et au delà des mots différents que nous utilisons, toutes les deux, nos opinions ne sont pas si éloignées que cela 🙂 Nous les exprimons différemment, je ne suis pas dans le bisounoursland, mais çà tu le sais depuis longtemps ;), mais nous sommes dans le dialogue, l’écoute et la compréhension (enfin je crois y être aussi 😉 ), et c’est ce qui fait évoluer l’humanité … et c’est sans doute ce qui manque le plus souvent, car on ne prend pas le temps pour çà … bien aidés par le type de société qu’on veut nous imposer … à nous de savoir résister 😉
        Je suis partie un peu trop loin, là !!!!!! Mdr !!!!!!!
        Bisous, EM, et passe un bon dimanche !!!!!!!!!
        Au plaisir de te lire, en espérant que ce soit réciproque 😀

  9. Je suis très touchée également par ton texte, par ce qui t’es arrivé, je ressens le déchirement terrible à travers tes mots, et entrevois toutes les horreurs que tu as dû entendre après la mort de ton fils. Je me suis reconnue dans un passage: je suis celle qui n’a pas de problèmes, encore aujourd’hui, et j’ai peur de deux choses: d’être naïve, que la chute soit d’autant plus brutale quand un vrai malheur m’arrivera, et peur également de manquer de compréhension vis à vis de ce type d’événement, parce que je n’en ai jamais vécu. J’espère que les gens sont davantage maladroits et cons que cyniques. Ça me donne un petit espoir.

  10. J’ai attendu d’être au calme pour lire ton article. Je pense que la mort d’un enfant est une des pires expériences que la vie peut envoyer, quelque soit l’âge de l’enfant au moment du décès. Mais c’est un fait difficile à appréhender car il n’est pas dans l’ordre des choses.
    J’ai l’impression que les gens sont souvent plus maladroits que méchants et ne savent pas comment réagir, ce qu’ils doivent dire. Certains vont préférer le silence par peur de commettre un impair sans se rendre compte que le silence en est aussi un. D’autres vont minimiser pour éviter aussi d’être confrontés à ce qui leur fait peur.
    Quand nous avons eu le diagnostic de la maladie génétique de notre petite, j’ai eu beaucoup de soutien et quelques réactions inadaptées, comme cette copine qui m’a dit qu’elle n’aurait pas aimé que ça arrive à ses enfants. Ma petite va bientôt avoir 4 ans et cela fait un an et demi que nous avons eu le diagnostic. Je pense que je vais mieux depuis six mois mais le parcours a été difficile et nous ne savons pas quel sera son avenir.
    Je pense bien fort à toi et à ta famille, à tes enfants et à ton mari en ce mois de mai.

  11. Colette dit :

    Tu as trouvé les bons mots pour exprimer la douleur de la perte d’un enfant. Je pense que c’est la pire chose qui puisse arriver à une femme. Nous donnons la vie et nous ‘projetons cette vie dans l’avenir; il y a comme un fil qui va se dérouler, nous serons là pour guider le fil… Mais quelle douleur que la vie s’arrête!
    Nous vivons des événements si difficiles, parfois… La souffrance laisse des marques pour toujours. Nous apprenons à vivre avec, pour les autres (enfants). Une maman triste, ce n’est pas supportable; alors nous fouillons au fond de notre cœur afin de trouver des sourires, des sentiments positifs… Et étrangement, nos enfants nous aident dans cette quête. C’est de cette manière que les liens se mettent en place.
    Je crois que ces épreuves, même si nous pensons qu’elles sont insupportables, nous rendent plus fortes. Elles nous permettent d’explorer en nous pour permettre que la vie continue. On éprouve ça que quand on est entouré d’amour, quand on peut le partager.

  12. Dinde De Toi dit :

    Il y a tant de sagesse et d’intelligence dans tes mots.
    Quand vient le mois de mai je pense toujours à l’anniversaire de ma fille ET à ceux de tes enfants, ils ne sont pas nés le même jour mais ils n’ont que quelques heures de différence au final. Cette tragédie est tombée sur toi, malheureusement, elle aurait pu arriver à quelque d’autre, tu n’es en aucun cas responsable de ce qui est arrivé. Au contraire il me semble que tu t’es pliée aux examens multiples et aux hospitalisations sans te plaindre 💪.
    La dualité des sentiments entre naissance et décès entremêlé au sein d’une même date a du être éprouvant pour toi et c’est bien normal que le chagrin continue à refaire surface ici et là. Tu peux nous parler autant que tu le souhaites de ton fils (et de ta fille bien sûr), ici c’est TON espace, il est là pour TOI, et si cela te fait du bien d’en parler en long en large et bien fais le, tout ton lectorat sera content pour toi si tu en retires de l’apaisement.

  13. Voilà, je suis là!
    J’ai lu jusqu’au bout ton article
    Non, il n’y a pas pire que perdre son enfant
    Tu sais la vie nous apprend bien des choses…
    Ce n’est pas donner à tout le monde de faire preuve d’empathie
    Le personnel soignant, c’est mon avis, se protège d’une carapace pour tous ces « problèmes » qu’ils rencontrent mais je suis sur qu’en eux même, ils ressentent la douleur
    Je suis un aidant et nous traversons depuis 12 ans la vie avec le cancer de mon compagnon
    Les hôpitaux, je connais et il est vrai qu’ils respectent, je ne sais si c’est le bon terme, une certaine distance avec la maladie… un peu comme s’ils voulaient s’en détacher et éviter d’y penser de peur que cela ne les rattrape
    En tout cas, je suis là et je pense fort à toi afin que mes pensées positives viennent t’apporter du réconfort
    Bises

  14. Ts mots sont très touchants, je t’ai lu jusqu’au bout avec émotion. Je ne sas pas trop quoi dire pour apaiser ton chagrin.
    Dans notre société la mort est tabou et les soignants ont du mal à accepter de na pas toujours avoir de réponse. Cela n’excuse rien mais je pense que ça explique beaucoup.
    Je t’embrasse et t’envoie de douces pensées.

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